CHANTS D'UTOPIE

  

 

CHANT XVIII. SYRIE / FRANCE. Laylâ (Nuit Debout)

La nuit migrante, de Syrie réfugiée à Paris, souvit pour travailler, travaille pour souvivre. Comme tous ses semblables – hominidés invertébrés – elle rampe. Dans sa cave, athanor, où elle dort, elle traverse un œuvre au noir qui la conduit à voir : la substance automatique régnant sur le monde. La nuit accouche, par son travail, de sa colonne vertébrale – et debout, devient Laylâ, sort de sa cave, et retrouve au dehors une foule hors des caves.

CHANT XVII. HOLLANDE. Antoni van Leeuwenhoek & Félix d'Hérelle

Antoni est drapier. Les microscopes, qu’il confectionne, le passionnent. Et sa passion dans son métier, voit le dedans de ses tissus, et de fil en aiguille, le plus au dedans du dehors, voit des animalcules, surtout des bactéries. Son grand ami Félix, piqué par une mouche, convainc un grand pays de devenir bactériophage, libéré de l’influence bactérienne.

CHANT XVI. BRÉSIL. Antônio Conselheiro

L’empereur Pedro II n’aime pas le pouvoir. Comme à tous les esclaves, son joug fait mal au cou. Il rejoint la forêt, les Guarani, qui recherchent la Terre sans Mal. Ils croisent Antônio, rené au désert, près de qui tous les pauvres s’assemblent. Les viles villes voient cela d’un œil mauvais, préparent l’extermination.

CHANT XV. ÉGYPTE. Synclétique

Dans des temps de grands troubles, Synclétique en colère, en tristesse et en crainte, laisse entrer dans sa maison des sales types par millions, sans visage, à la face de fausses pensées, qui l’asservissent. Jusqu’au jour où, respirant, elle dit le mot fait de silence. L’espérance de la veille était factice, car disparue sitôt parues : les ténèbres. Il est temps maintenant d’aviver l’espérance de veille.

CHANT XIV. ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. Voltairine de Cleyre

Les animaux hominidés ont mécréé leur monde immonde et à l’image et à la ressemblance de leurs pires. Dix mille Amis Communs – dont Voltairine – clament le rêve général des actes libres nécessaires, et leur exil. Joseph, gouverneur de la ville mondiale, offre mille dollars pour chaque meurtre de vivant, vacancier qui prévoit dans le suspens des lois externes qui excentrent : la source du monde à venir.

CHANT XII. ESPAGNE. Teresa d'Avila & Juan de la Cruz

Dans les temps arriérés en Espagne, plutôt qu'avec la peur au ventre, Teresa naît le cœur au ventre. Mais est-ce elle vraiment qui est atteinte de situs ambigus ? ou n'est-ce pas l'hominité, loin d'être encore humanité ?

CHANT XI. RUSSIE. Sergueï Essenine

En Russie dans les temps arriérés, Sergueï dit, veut agir, l’ailleurs (le vrai ici) avec le là (le faux ici). Surgit : l’inattendue tant attendue Révolution. Les animaux hominidés sauront-ils cheminer en avant, ascendant ? ouvrir les portes d’avenirs ? accueillir l’événement de la possible immense idée mise en cité ?

CHANT X. TURQUIE. Elif Shafak

À Istanbul dans les temps arriérés, Elif dit haut ce qu’un homme dit bas. On l’emprisonne dans un cube où son geôlier, Nafs, la torture. Mais sur la paroi du cube, Elif dessine un cercle qui ouvre, traversé, sur un lieu sylvillisé.

CHANT IX. FRANCE / ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. Un animal hominidé

En Utopie, Poggio trouve un numéricoscrit préhistorique, daté de 2015 selon le calendrier mort. Il propose à Johann Gensefleisch d’éditer ce fragment, témoin du feu compost merdone. Après lecture, le fera-t-il ?

CHANT VIII. FRANCE. Michel Eyquem de Montaigne

Dans les temps arriérés, la ville mondiale d’étroite réalité, formée de cubes, est en voie de pétrification. Michel Eyquem est atteint de lithiase, qui devient pandémique et transforme tous les animaux hominidés en cristaux.

CHANT VII. ARGENTINE. Roberto Juarroz & Laura Cerrato

Dans les temps arriérés, la révolution locale de l’an 2001 argentin s’accomplit par l’effet d’une révélation totale, planétaire, quand les eaux, les végétaux, se font psychédéliques – révélateurs de l’âme.

CHANT VI. ALLEMAGNE. Johann Gensefleisch zur Laden zum Gutenberg

En Utopie, Johann Gensefleisch (ou un avatar homonyme), qui apporta à l’occident il y a très longtemps une machine à exprimer, en trouve ici et maintenant une nouvelle à imprimer entre les lignes de lettres.

CHANT V. ITALIE. Dante Alighieri

En Utopie, dans une ville-sylve jadis rêvassée par Johann Valentin, Dante apprend la naissance de son enfant. Sa paternité est certaine, pas la maternité.

CHANT IV. ALLEMAGNE. Johann Valentin Andreae

Johann Valentin s’endort en forêt. Un monstre habitant son cerveau projette un cauchemar dans la salle de cinéma subcrânienne. Au tréfonds de la terreur, Johann s’endort au sein de son sommeil, rêve au sein du cauchemar, et projette sous le crâne du monstre son rêve alchimique d’Amour.

CHANT III. DELPHES. Théocléa

Baigné par la lumière gréco-calabraise de Pythagore, ce Chant dessine un Théâtre à venir, un procès de Connaissance, une cosmogonie, une évolution de l’amour depuis l’avant-hier jusqu’à l’après-demain.

CHANT II. Artéfius

En Utopie, Artéfius dans sa Commune affinitaire voit une inconnue, issue d’une Commune amie. Il la suit, aimanté, jusqu’à sa porte. Commence une violente nuit d’Amour et Connaissance, et de sexe et de gnose.

CHANT I. FRANCE. Louis Mandrin

Chaque matin, Mandrin poursuit avec son épuisette ses rêves sortis de son crâne, afin d’éviter les dégâts dans la ville mondiale d’étroite réalité. Un matin, l’épuisette se troue.

 

 

 

Brice Bonfanti
Brice Bonfanti (2009) Brouillons du Chant III. Théocléa
Brice Bonfanti